Marion MARCHET

Marion MARCHET

contrat doctoral Paris-Sorbonne (2016-2019) ; co-organisatrice de l'atelier AREA

Dissents in the Suburb : race, classe et (dé)mobilisations à Euclid, Ohio (1968 - 2017).

    Ma thèse en histoire nord-américaine s’intéresse aux questions de pouvoir politique et de mobilisations sociales des populations africaines-américaines dans la banlieue du Midwest.

    Comme les émeutes raciales de Ferguson, Missouri, l’ont virulemment rappelé à l’été 2014, les résidents noirs de ces espaces suburbains, bien qu’en forte croissance démographique au cours de ces quarante dernières années, sont restés très largement exclus des structures locales de pouvoir (conseil municipal, gouvernance des écoles publiques, forces de police, tribunaux locaux).

    Euclid, banlieue de la métropole de Cleveland, Ohio, est comme Ferguson caractéristique des profonds bouleversements socio-économiques et des mécanismes d’exclusion raciale à l’œuvre dans nombre de proches banlieues post-industrielles du Midwest. C’est à la suite de procédures judiciaires fédérales intentées contre la ville en 2008 que des africains-américains, en passe pourtant d’être en supériorité numérique à Euclid, ont pu pour la première fois se fair élire au conseil municipal et à la commission locale de l’enseignement. Les cas de violences policières, dont la mort en mars 2017 du jeune noir-américain Luke Stewart par un policier blanc, ont par ailleurs mis en évidence un racisme structurel profond au sein des forces de police, dont la composition raciale, très majoritairement blanche, ne reflète pas non plus la démographie de la ville.

    Toutefois, si l’année 2017 a été marquée par un militantisme noir inédit à Euclid — mouvement Black Lives Matter, création d’une section Euclid de la NAACP —, en réponse notamment à ces violences policières, il semblerait que depuis leur arrivée massive à partir des années 1970, les africains-américains de la ville se soient peu mobilisés pour contester le régime racial local. Les sursauts de mobilisation orchestrée par une poignée de résidents noirs au cours des années 1980 et 1990 n’ont pas suffit à faire émerger un mouvement contestataire fort et susceptible de renverser le statut quo.

    Prenant alors comme point de départ l’année 1968, date à laquelle la question raciale a pour la première fois fait irruption dans le débat public à Euclid, et analysant les formes de participation et de désengagement sociaux et politiques des noirs-américains, cette thèse ambitionne de répondre à un double objectif. Elle cherche d’abord à historiciser l’émergence paradoxale de banlieues « noires » gouvernées et administrées par une minorité blanche. Mais au-delà des barrières structurelles qui ont empêché ces résidents noirs d’intégrer les structures locales de pouvoir, il s’agira également de mettre en lumière les facteurs qui ont affaibli, voire neutralisé, les capacités d’action et de mobilisation des noirs-américains d’Euclid, empêchant ainsi l’emergence de contre-pouvoir durable face aux dynamiques d’exclusion.